Rencontre avec Maurice Merlin : Responsable du pôle Kanopy

Si tu devais résumer ton métier en une phrase ?

J’aide les entreprises en création et en croissance à se faire financer et à lever des fonds.

Tu travailles depuis plus de 20 ans dans l’accompagnement d’entreprises innovantes. Qu’est-ce qui t’a attiré dans ce domaine ?

J’ai toujours eu un attrait marqué pour les sciences & technologies, et l’accompagnement d’entreprises innovantes m’a offert une position privilégiée pour observer et contribuer aux transformations qu’elles induisent dans notre société, notre quotidien et nos modes de vie.

L’évolution constante à la croisée d’avancées technologiques, sociétales, écologiques, juridiques et économique est passionnante. Cette effervescence conduit à une diversité de projets aux degrés d’innovation variés, portés par des entrepreneurs à profils et à tempéraments très hétérogènes. Ce mélange rend chaque mission unique et captivante avec en toile de fond : l’écoute, l’analyse et l’adaptation.

En somme, j’exerce un métier aux avant-postes des évolutions qui allie l’entrepreneuriat et la finance d’entreprise.

En 2017, tu décides de cofonder la société Kanopy avant de finalement rejoindre Global Vision comme associé. Peux-tu nous raconter ce passage de ton histoire ?

Entre 2004 et 2015, mon expérience de terrain m’a conduit à un constat clair : en France, la rencontre entre les projets de création ou de croissance d’entreprises n’est pas aisée avec une offre de financement corporate (publique comme privée) qui pourtant est abondante.

Par ailleurs, j’ai été à de nombreuses reprises le témoin de projets pourtant solides, restés à l’état de concept ou stoppés en raison de freins récurrents du côté des dirigeants : manque de temps, mauvais timing, méconnaissance de l’écosystème de financement, faible culture en finance d’entreprise, approche inadaptée des financeurs, ou encore préparation insuffisante des dossiers et des business plans.

Ce déficit d’accompagnement sur les enjeux de financement corporate était manifeste, et c’est ce qui a motivé la création de Kanopy en 2017. À cette époque, Global Vision, société sœur fondée six ans plus tôt, intervenait déjà sur le financement de l’innovation, la R&D, ainsi que sur la veille technologique à forte valeur ajoutée.

En 2023, nous avons décidé de fusionner les deux entités pour plus de lisibilité et de cohérence stratégique. Kanopy est ainsi devenue une marque et un pôle d’activité intégré au sein de Global Vision.

Comment travailles-tu avec les entreprises que tu accompagnes ?

Mon accompagnement repose sur un processus structuré, jalonné et progressif, qui alterne des temps d’échange synchrones avec l’entrepreneur et des phases asynchrones dédiées à l’analyse, à la réflexion et à la production de livrables de fond.

Ce parcours s’articule autour de 3 grandes étapes clés :

  1. La revue des fondamentaux reprenant l’analyse du business model, l’évaluation du business case et de la roadmap d’exécution,
  2. La construction du business plan intégrant l’élaboration du prévisionnel financier et l’expression argumentée du besoin de financement,
  3. La stratégie de financement mobilisant tous les leviers financiers pertinents (haut et bas de bilan, publics et privés) au regard des caractéristiques du projet considéré.

Cette méthodologie s’applique aussi bien aux entreprises en phase de création qu’à celles en phase de croissance car les principes restent invariants.

Réussir un tel accompagnement repose sur des qualités humaines fondamentales : écoute active, empathie, exigence, bienveillance, honnêteté, pédagogie et sens du résultat.

Pour l’entrepreneur, ce processus est souvent vécu comme un véritable révélateur : il stimule la posture, ouvre la réflexion, donne du sens à l’histoire racontée et renforce sa cohérence stratégique.

Je suis un entrepreneur au service d’autres entrepreneurs. Je connais leurs doutes, leurs contraintes, leurs intuitions, et je les aide à les transformer en décisions solides.

Qu’est ce qui rend ton métier si singulier ?

Il y a 2 aspects :

  1. L’exigence de convergence entre vision entrepreneuriale et logique financière.

Mon rôle consiste à créer un alignement solide entre les porteurs de projet et les partenaires financiers, autour d’une ambition claire, traduite dans un business plan robuste et un prévisionnel cohérent.

Je suis en quelque sorte un traducteur stratégique, garant de la crédibilité du projet vis-à-vis des financeurs, mais aussi de sa lisibilité pour l’entrepreneur. Mon engagement est double : fluidifier le processus jusqu’au closing et faire en sorte que les deux parties y trouvent leur compte.

  1. L’apprentissage par la pratique d’un métier hybride.

Il existe peu, voire pas, de formations supérieures qui combinent efficacement les trois dimensions clés de ce métier : le conseil, l’entrepreneuriat et la finance d’entreprise.

Ce métier s’apprend donc sur le terrain, au croisement de compétences rarement réunies, avec une forte dimension d’adaptation et de discernement.

Tu enseignes également beaucoup. Pourquoi ce choix ?

La transmission est une dimension que j’apprécie particulièrement et cela tombe bien, car la pédagogie est au cœur de notre métier.

J’ai commencé très tôt à intervenir dans des écoles et universités, avant de développer également des formations professionnelles. Chaque session est pour moi une opportunité de revisiter un sujet en profondeur, de le structurer de manière claire et accessible, et de l’adapter aux enjeux du public visé.

Enseigner oblige à rester en alerte constante : sur les contenus eux-mêmes, sur l’évolution des pratiques, mais aussi sur les approches pédagogiques. Cela implique de remettre régulièrement en question ses supports, ses exemples, et sa manière d’animer, afin de garantir un impact réel sur les participants.

Quels sont les 2 conseils que tu donnes souvent à tes clients ?

  1. L’argent doit venir des clients

Hors cas exceptionnels, une entreprise ne peut reposer indéfiniment sur des aides financières diverses et variées. Pour être viable, l’entreprise doit générer du cash issu de son activité propre, c’est-à-dire de la vente de biens ou services à des clients.

  1. La nécessité de piloter sa trésorerie

Trop d’entreprises – jeunes ou établies – négligent encore la mise en place d’un tableau de trésorerie. C’est pourtant un outil de pilotage fondamental. Même en l’absence d’indicateurs de gestion avancés, suivre sa trésorerie permet d’anticiper les tensions, de sécuriser les décisions et de préserver l’agilité financière. La trésorerie, c’est l’oxygène de l’entreprise : sans elle, elle meurt.

Et en dehors du travail, comment recharges-tu les batteries ?

Je n’ai pas de méthode toute faite, mais je crois profondément à l’importance de savoir lever le pied pour mieux repartir. Se déconnecter permet de prendre du recul, de relâcher la pression, et de revenir avec un regard neuf et une énergie renouvelée.

Mon équilibre personnel, je le nourris à travers des temps partagés avec ma famille et mes amis, mais aussi par des activités : le bricolage, le running, et les échecs que je pratique en club.

Pour finir, cite-nous une réussite récente dont tu es particulièrement fier

Je suis heureux d’accompagner une PME industrielle régionale dans une levée de fonds de plusieurs millions d’euros, destinée à financer un nouvel outil de production au sein d’une usine flambant neuve.

Ce projet a une résonance particulière, car il s’inscrit pleinement dans une dynamique à la fois écologique et d’économie circulaire – 2 enjeux majeurs pour l’industrie de demain.

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